Je souhaite à tous les visiteurs
et les fidels(e)s du blog une excellente année 2OO9 !
« Ton premier single « Illégal » a une structure complexe pour le public français...
Booba : Je ne fais pas de la musique pour des oreilles françaises, je fais ma musique à moi.
Le processus est simple : j'ai kiffé l'instru, j'ai écrit dessus, je l'ai enregistré, le morceau m'a plu, j'ai pensé qu'il était potentiellement exploitable en single et je l'ai sorti.
Ça ne va pas plus loin que ça.
Moi je m'inspire de ce que j'écoute. Il y a des gens qui restent bloqués en 1995 et qui n'écoutent que Mobb Deep, moi je suis toujours dans l'air du temps, je vis avec mon temps donc ma musique évolue en fonction de ce que j'écoute et de ce qui se fait.
Qu'entends-tu par « Où est le Maghreb, où sont mes négros ? »
Booba : C'est pour dire où vous êtes, qu'est-ce que vous faites, réveillez-vous.
On oublie souvent qu'entre négros et maghrébins, c'est nous qui nous mettons des bâtons dans les roues.
Où trouves-tu toutes ces formules si saisissantes ?
Booba : Les punchlines, c'est mes armes secrètes.
Comme des flashs, des visions que j'ai.
Je les note, des fois ça vient spontanément quand je suis en train d'écrire un texte, mais les plus choquantes sont souvent prévues à l'avance. J'en ai plein mon téléphone portable pour le prochain album.
Toute la promo de « 0.9 » est sur le web !
Booba : Ah, c'est mieux que les stickers dans la rue !
En vérité ça ne sert à rien d'être dans le métro ou dans la rue, tout le monde a un ordinateur, tout le monde va sur Yahoo. Dès que tu allumes l'ordi, ça y est.
Les stickers tu as des amendes, ils sont arrachés.
Les Ricains aiment bien mettre en scène des beefs entre têtes d'affiche du rap. Tu penses que c'est adaptable en France ?
Booba : 50 Cent et Kanye West, c'était mis en scène je pense, Jay-Z et Nas, c'était peut-être un vrai clash. Si j'avais pu faire comme 50 et Kanye avec une des têtes d'affiche du rap français, je l'aurais fait.
C'est intéressant, un peu comme un grand combat de boxe sur HBO. « 0.9 » et « Le code de l'horreur » qui sortaient en même temps, ça aurait été intéressant, surtout pour le public qui aime bien nous comparer, il y a toujours des débats.
Ça aurait été l'occasion de mettre cartes sur table.
Tupac et Biggie, comme beaucoup d'artistes rap, étaient fascinés par la mort. Et toi ?
Booba : Je ne pense pas que ce soit dû aux rappers, c'est dû à ton mode de vie. Tu vis dans un quartier en marge de la société, forcément tu fais des petits business et tu trempes dans des trucs louches, donc à tout moment quand tu descends de chez toi, un mec peut venir pour te crever. Que tu sois dans la rue ou que tu viennes de ce milieu là et que tu deviennes connu. Il y a de la jalousie, des gens qui t'en veulent ou qui en veulent à ton argent, à ta réussite. Donc forcément tu as un peu de paranoïa. Je reçois plein de menaces de mort, j'ai déjà trempé dans plusieurs embrouilles bizarres, dernièrement quelqu'un est venu tirer quatre balles dans mon magasin Boulbi & Co, donc forcément tu penses plus à la mort que le cadre qui prend son métro le matin, bosse sur son ordinateur, rejoint Bobonne le soir, mange sa soupe, regarde le 20 heures et va se coucher. Il n'a pas trop de raisons de s'inquiéter, mais nous on vient d'un milieu, le rap est une musique violente faite par souvent des gens violents, un public violent, des proches violents, une concurrence qui est comme toi... C'est la jungle, souvent tu échappes à la mort de peu, que tu fasses du rap ou pas.
Tu n'as pas envie d'être loin de tout ça ?
Booba : Tu as toujours envie de larguer les amarres avec ce genre d'ambiance. Mais tu n'as pas le choix, quand tu es dedans, tu ne peux pas changer du jour au lendemain. On a grandi comme ça, on est comme on est. Sinon il faut avoir assez d'argent pour tout arrêter, et là tu pars je ne sais pas où, en Nouvelle-Calédonie chez Nino Ferrer et tu te mets une balle dans la poitrine !
Tu dis dans « Izi monnaie » « Ma descendance est morte dans un rouleau de Sopalin »...
Booba : C'est quand je me dis qu'il faut que j'arrête de me branler et que je fasse des enfants, à un moment... On vieillit, donc voilà. C'est du gâchis.
Des fois, j'écris des trucs et je réagis en me relisant. Je me dis « Qu'est-ce qui m'est passé par la tête ? » C'est comme un peintre : tu as un coup de pinceau, tu sors des trucs, quand tu es pris par l'inspiration, c'est comme si tu n'étais pas vraiment toi-même, comme si ton subconscient écrivait des trucs que tu ne réalises pas vraiment. « Je me lave le pénis à l'eau bénite », quand je me suis relu, j'ai rigolé ! Comme le peintre de Heroes. Je ne suis pas un super héros, je ne suis pas supernaturel mais je suis pris par l'inspiration.
Tu ne te vois pas rapper à 40 ans ?
Booba : Pour moi c'est comme du sport : je continuerais si je sens que j'ai toujours la même patate qu'au début, que les gens sont réceptifs et que je n'ai pas comme NTM un public qui a 45 ans, n'écoute plus de rap et est resté bloqué sur une époque. Je le dis dans l'album : « Je m'arrêterai quand il le faut, je ne ferai pas l'album de trop ».
C'est pour ça que je parle de NTM et IAM dans « B2O B. A. », parce qu'ils ont fait plusieurs albums de trop. Il y a un âge où il faut se remettre en question et se demander si on vaut encore quelque chose. Même aux Etats-Unis, un LL Cool J qui force encore, pour moi il a fait son temps, ça ne veut plus rien dire. Moi si je n'ai pas le buzz et l'excitation autour de la sortie d'un album, ça ne m'intéresse pas. J'ai 31 ans, donc je n'en ai plus pour longtemps, les mecs ! (rires) »